Vendredi 29 mai 2009
>>>Le second numéro de CYCLOCOSMIA consacré à José Lezama Lima paraît mardi 9 juin 2009. Disponible dans les librairies strasbourgeoises à cette date, il sera placé dans la semaine à Paris, entre autre. Il est possible de le précommander directement à l'association (voir modalités) ou de le réserver chez votre libraire n'importe où en France, qui vous le fera parvenir.
On y trouve comme à chaque fois, des textes d'invention (nouvelles, proses poétiques) autour de thèmes, et un large dossier consacré à un auteur : l'extraordinaire cubain José Lezama Lima. Une vingtaine d'auteurs et d'artistes ont participé au numéro, on pourra découvrir le sommaire ici. Le numéro fait plus de 200 pages et est au prix de 22 euros.


>>>A l'occasion de la parution du numéro, Antonio Werli & plusieurs auteurs du numéro feront une présentation à la Librairie L'Arbre à Lettres Denfert à Paris le jeudi 11 juin à partir de 19h00 !!
Au programme : présentation du projet CYCLOCOSMIA et du nouveau numéro, lectures de textes, rencontre avec les auteurs, évocations et conversations autour de José Lezama Lima (écrivain cubain né en 1910 et mort en 1976) qui aurait eu cette année 99 ans, ainsi que quelques surprises...
Il est possible de réserver un exemplaire du numéro auprès de votre libraire. Les revues seront disponibles à L'Arbre à Lettres le jour de la sortie.
LIBRAIRIE L'ARBRE A LETTRES
DENFERT-ROCHEREAU
14, rue Boulard - 75014 Paris
Tél. : 01 43 22 32 42
M° Denfert-Rochereau
Ouvert du lundi au samedi de 10h à 19h30 et le dimanche de 10h à 13h30
denfert@arbrealettres.com
Par a.w.
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Lundi 18 mai 2009
Je relaie l'annonce publiée sur le site de cyclocosmia, pour les curieux, les amateurs, les aventureux, les joueurs, & tous les autres...



A ce jour, CYCLOCOSMIA II mûrit chez l'imprimeur : parution le 9 juin. Le sommaire est dorénavant en ligne.
Il est possible de précommander le numéro II (José Lezama Lima) en envoyant un chèque de 22 euros à l'ordre de l'Association Minuscule (14 rue Dietrich 67210 Obernai). Le numéro I (Thomas Pynchon) est toujours disponible, au prix de 20 euros. Toute réservation du numéro en cours ou commande directe du numéro précédent se verra accompagnée du magnifique badge cyclo qui lui correspond, rare car limité à 100 exemplaires. (Oui ! Il reste une poignée de badge cyclocosmia truncata...).

Concernant CYCLOCOSMIA III & IV, l'appel à contribution est en ligne. Il faut noter particulièrement que le rendu de propositions pour cyclo II doit se faire avant le 1er septembre 2009 (et non pas le 1er juillet comme cela se fera dorénavant pour chaque numéro d'automne).
CYCLOCOSMIA III :
- totem : pseudoceros bifurcus
- mots-clefs : [...]
- dossier : Roberto Bolaño
- parution : automne 2009 
CYCLOCOSMIA IV :
- totem : tardigrada
- mots-clefs : (à venir)
- dossier : Antoine Volodine
- parution : printemps 2010

Par a.w.
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Lundi 11 mai 2009
Il y a là une sorte de mystère insondable, celui d’être voué à parler des livres, ou des images, ou des sons, et d’être voué à lutter contre la bêtise. Mystère qui ne peut se dénouer que dans la poursuite de la seule attitude valable face au futur : une confiante vigilance.
(Fric-Frac Club)


Après avoir relu, ces derniers jours, plusieurs fois ton texte en entier, Pedro, je me demande si j'en ai cerné l'essentiel. Je me permets de résumer, répéter, refaire afin de pouvoir poursuivre.
Selon ce que tu dis - cela (me) semble évident - il est nécessaire de discriminer. Si une méthode a longtemps été de départager l'ancien du nouveau (cf. la vieille & fameuse Querelle), elle consiste plus facilement au XXe siècle et encore aujourd'hui (sommes-nous sortis de cette posture, tu postules que non et tu as probablement raison) à simplement fabriquer des cases dans lesquelles ranger tout ce bazar, les fameuses "écoles", "-ismes" et autres "mouvements". Les avant-gardes ont dû flinguer sérieusement la Querelle pour que celle-ci ne puisse plus se relever. Néanmoins, les protagonistes sont encore là, parce que l'essence bûle toujours. (Quelle idée que cette mort de l'art devenue idée reçue !) Le Canon (qui nous a tellement fait suer récemment, au lieu de dire ça c'est bien, ça c'est pas bien, a fragmenté, structuré, déconstruit (ouh le vilain mot), et a recomposé en "écoles" (noblesse) et en "genre" (vilénie).
La flèche du temps n'aura pourtant jamais été aussi investie que de cette manière, mais, à l'instar de Fausto dans un de ses commentaires à ton papier, je crois effectivement qu'il ne s'agit plus de dicter un absolu de la littérature comme c'était le cas avant, mais des idées qui permettent de saisir ce qui se joue ici et maintenant. Cependant, je ne suis plus d'accord avec lui, lorsque Fausto propose que les "écoles" (comme les "genres", car finalement, ces deux définitions sont élaborés non plus à partir d'une entité canonique, sinon deux : l'université d'un côté et le mineur de fond de l'autre) ne servent pas une téléologie de l'art, je t'appuie alors toi, Pedro : c'est justement parce que ce sont des moments qu'il y a une plus grande conscience de la possibilité (ou de l'impossibilité, plutôt) d'une perfection. Avant, il s'agissait de rechercher la perfection parce qu'on en avait la vocation, maintenant nous y sommes parvenus, fragmentairement, fractalement. C'est mon regard sur l'histoire littéraire.

Mais lorsque tu précises - et c'est là l'intéressant et peut-être la possibilité de dépasser toutes ces conneries rationalisantes & rationnelles, logiques, causales, quelles soient très anciennes ou toutes nouvelles - que la littérature "a toujours démontré comment elle savait maintenir intactes les puissances de sa spécificité" (échappant de ce fait à la raison de l'homme, car c'est elle qui se maintient et non lui qui la maintient), j'adopte.
A mon sens, le Canon est fluctuant, canon à eau, jet liquide héraclitéen, et je ne veux pas utiliser ce terme comme univoque et définitif, passé, mais comme la force, l'intensité qui permet à une oeuvre de redéfinir le maintien de la littérature. "Lisez Finnegans Wake comme un livre de « genre »." Oui, et alors Finnegans Wake devient le classique d'un genre qui procède de lui, logiquement. Et justement : un beau projet, comme tu le proposes, à la suite d'un Borges ou d'un Lezama - Héraclite dans un sens, si je ne m'abuse, fait aussi son malin bien avant eux, et l'on devrait bien trouver quelque chinois de la même espèce - est "d'arracher et d'éparpiller la flèche littéraire" et de penser que Finnegans Wake continue d'être le genre d'un livre toujours à venir.
C'est ça, à mon sens le canon, et c'est ça qu'il faut faire lorsqu'on lit ou qu'on écrit. Pour reprendre et détourner encore une fois tes mots : "toutes nos existences [lire exigences ?] de lecteurs ou d'écrivains ["Ecrire un livre, c'est, en une certaine façon, le relire." Dixit Salvador Elizondo] conspirent à détruire ce modèle." En fait, quelque soit le modèle. Se désendoctriner comme dirait Basara, tout mineur qu'il est. Se déconditionner.

Evidemment en disant tout cela, j'ai une posture bien précise, que j'assume volontiers, et qui transparaît dans la dernière ligne de ton article : il y a bien quelque chose qui échappe ou doit échapper dans toute cette histoire. Pas forcément un absolu à conquérir ou auquel se référer simplement, mais un mystère dont on peut ressentir l'intuition. Un livre est aussi mystérieux qu'un rêve ou que la mort, ton appel à l'inquiétude (à la vigilance) me parle : inquiéter la mort comme les rêves comme les livres. Et sur ton dernier paragraphe et les intercesseurs : oui : inquiéter devient s'inquiéter. Les intercesseurs sont indispensables. Et ce ne sont plus les mêmes qu'il y a 50, 500 ou 5000 ans.

(Ah ah !... et alors, après que le vingtième siècle a inventé le journaliste littéraire, le vingt-et-unième siècle aura donc inventer les bloggeurs littéraires... On n'arrête pas le progrès...)

Merci pour ton papier qui ne laisse pas de faire gamberger.

Image grapillée ici.
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Dimanche 10 mai 2009
- On arrive au fond de l'hypogée à travers un espace apparemment conçu sous la forme d'un percement rectiligne mais qui en réalité a la forme d'un double torus formé par un nombre infini de plans continus de Möbius : ceux-ci délimitent un volume qui, en même temps qu'il conduit à tous les points du monde, est fermé sur lui-même et en réalité ne mène nulle part.
(Gallimard, p. 161)


Voilà une terrible description du livre et jouissive mise en abyme, dans ce roman génial du mexicain Salvador Elizondo (né douze ans jour pour jour après Lezama Lima, et mort le 29 mars 2006) paru en 1968 (1971 en France). La mise en abyme n'y est pas une technique mais à proprement parler un... personnage... à faire pâlir de jalousie, trente ans après, un Danielewski par exemple. Et bien que centrale, il serait idiot de réduire ce livre à ce genre de chose. En cela, malgré l'influence du Nouveau Roman (il s'y trouve un écho prononcé, mais je ne sais pas s'il y a réellement influence), Elizondo va mille fois plus loin.
Je touchais à peine un petit mot d'Elizondo dans un récent commentaire ; je reviendrai sur L'Hypogée sercet, incontournable roman de la modernité mexicaine. Vertigineuse "création littéraire pure" (p. 63), si cela veut signifier quelque chose ; rationalisation & ratiocination extrême de l'écriture au service d'une métaphysique déroutante et percutante. L'Hypogée secret est le roman gnostique qu'auraient pu rêver ensemble Borges, Fellini et De Chirico. Peut-être cela s'est-il passé ainsi, et c'est la raison de son existence...


Car celui qui la rêva appliqua peut-être les principes cachés qui régissent le cours de la vie, l'essence des lois qui donnent sa forme à l'univers, à l'édification de cette ville en compagnie de laquelle la nuit commémore le secret qu'est la vie humaine.
(p. 33)

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Vendredi 1 mai 2009
Il est fort probable que le blog de Dernière Marge se fera de moins en moins expansif avec les semaines qui viennent... les lectures, les écritures et les énergies se reportant et se recentrant vers des projets à caractère plus solide & concret, en papier ou en bits... Je ne disparais pas, je mue muet et répare et prépare ma parole à resurgir en d'autres modes... tout coule comme disait l'autre... et la pente des vases communiquants mène indéniablement à CYCLOCOSMIA et au FRIC-FRAC CLUB.


DR : image piquée ici

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Jeudi 16 avril 2009

CYCLO II

Par a.w.
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Dimanche 5 avril 2009
La littérature n'apporte absolument aucun avantage.


Dans sa satire du monde des finances, de la bourse, du marché, publié en juin 2007 aux Etats-Unis et en début d'année 2009 en France, aux éditions Gallmeister, Viken Berberian fait dire à son personnage de trader new-yorkais, Wayne, que "La littérature n'apporte absolument aucun avantage", à entendre précisément : au marché. Elle ne permet aucunement de rendre un trader meilleur. Evidemment, pour Wayne, le marché c'est le monde, il n'y a pas d'autre réalité. Wayne travaille pour une entreprise appelée Empiricus Kapital et spécule sur les catastrophes. Lorsque le monde va bien, il perd de l'argent, lorsqu'il y a des guerres, des épidémies, des destructions, des catastrophes diverses et variées du fait de l'homme ou de la nature, il se fait des ronds. Il ne vit que mathématiquement et statistiquement, jusqu'à ce qu'il rencontre une jeune marseillaise, Alix, étudiante en architecture, qui lui fera découvrir la chimie des hormones. Un troisième personnage viendra ajouter de l'entropie sur la balance, le Corse, ancien employé d'une fabrique de papier amoureux des forêts et situationiste, qui proposera à Wayne des services explosifs afin que les courbes des taux d'investissement repartent dans le bon sens.
Le roman est court et vif, la satire dynamique et joue sur ce joyeux postulat de la spéculation financière sur la catastrophe. Anticipant sur la crise financière actuelle, Das Kapital parie sur l'effondrement : effondrement des chiffres à l'ouverture du livre sur l'écran de Wayne et effondrement d'un célèbre bâtiment marseillais à la toute fin du roman. Le livre interroge par la relation de Wayne et Alix la bataille entre le marché (les chiffres, les spéculations, le virtuel) et les hommes (les passions, l'habitus, la culture) pour la prééminence sur le réel. Puisque c'est une satire, on trouvera une forme pleine de légereté pour l'exposition d'éléments tragiques ou violents, des éléments de narration qui touchent à la carricature mais contiennent forcément quelques vérités, et surtout une bonne dose d'humour, dans les dialogues ou plusieurs situations.
Entre quelques monumentales lectures récentes, disons SadaBolaño ou encore Brinkmann, c'est une respiration tout à fait agréable et qui pour moi est tombée à pic.

Hier, Viken Berberian et son traducteur Claro sont venus braver les milliers de manifestants et les forces de l'ordre déployées à Strasbourg à la charmante occasion du soixantième anniversaire de l'OTAN, et investir deux librairies indépendantes "L'Usage du monde" et "La Parenthèse" dans deux quartiers périphériques de la capitale alsacienne. Pour moi, une manière toute en paix de manifester contre l'OTAN et de tenter de donner à la littérature une consistance qui, aimerai-je croire, peut avoir quelque incidence sur le réel (même si je ne suis pas loin, des fois, de conclure : on en a absolument besoin mais ça ne sert strictement à rien). Loin des événements violents du Port du Rhin, j'ai accompagné ces messieurs dans les deux librairies et nous avons pu ensuite goûter le désert et le calme exceptionnel du centre ville de Strasbourg, dans l'après-midi enfin libéré des barages policiers, bien que les gendarmes, policiers, CRS, pompiers étaient encore très (mais très !) présents. C'est loin du centre - comme sur une autre planète - que ça se passait. C'est en rentrant, dans un bus affrété spécialement au retour (aucun TER ne circulait plus sur ma ligne à partir de 13h, j'avais failli ne pas réussir à venir le matin) que je découvre l'ampleur de la manif. Des amis qui ont participé au pseudo-cortège me montrent les premières images et vidéos, me donnent leurs impressions et témoignages, ahuris par la violence toute primaire des casseurs et celle, pas moins insensée, des forces de l'ordre. Un ami à eux, blessé à la tête par une bombe lacrimo balancée dans la foule du cortège a pu s'extraire du chaos et pris en charge ensuite par les services urgentistes, seulement avec le soutien et l'aide des habitants (en traversant jardins, maisons, etc...) Pour eux, c'était une ambiance de guerre civile qui se déroulait sous leurs yeux et dans laquelle ils ne pouvaient faire autrement que d'être pris à parti malgré eux. Ni les casseurs, ni les flics ne faisaient de distinction.
Il semble que ce fut complètement bordélique, des deux côtés : du côté manifestant et du côté policier. L'organisation de ce qui aurait pu être une grande manif historique fut probablement et en partie bousillée par les stratégies absurdes et excessive des forces de l'ordre, même si je me demande si la manif elle-même a judicieusement été mise en oeuvre. Et évidemment, la présence depuis trois jours de quelques centaines de casseurs ajoute à cette situation absurde, stupide et tendue.

Entropie... quand tu nous tiens !


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Samedi 4 avril 2009
Par a.w.
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Samedi 21 mars 2009
(note 1 - note 2)

QUEL EST L'ENDROIT D'OU JE PARLE ? (p. 663)


Je pensais pouvoir réaliser une lecture lente et posée de ce roman MONUMENTAL (je pèse carrément mon mot), comme l'auguraient les marginalia que je lui consacrais déjà. Mais le temps de la lecture s'est accéléré pour moi dans les semaines passées, et bien que j'ai noirci les marges de mon livre, souligné des quantités de phrases et tracé de nombreuses flèches, je n'ai pu "mettre au propre" mes impression et divagations de lecture, au fil, comme je le souhaitais. Cependant, retournons au charbon, dans le désordre si nécessaire, c'est pas grave, parce que l'ami g@rp de son côté a entrepris le même type d'approche et qu'il serait agréable de confronter, dans une certaine contemporanéité ou mesure nos marathons respectifs.

Or donc, la dernière période de L'Odyssée barbare - je rappelle que le roman est composé de quinze périodes divisées chacune en chapitres de longueurs variées, d'une ligne à une dizaine de pages voire un peu plus - commence par un chapitre complètement clinquant, ahurissant, dézingué. Le narrateur, dont on avait pris l'habitude qu'il joue constament des tours au lecteur dès le début, comme le précise g@rp par ailleurs dans sa seconde note de lecture (cf. ce qu'il dit du chapitre cinq), semble être lui-même, pour le moins, pris au piège, pris à quelque chose qui semble être son propre piège. Alors qu'auparavant, on s'était déjà retrouvé, à plusieurs reprises, avec une sensation particulièrement singulière face au narrateur (narrateur obsédé, parano, maniaco-dépressif ou hystérique ?!), version halluciné d'un metteur en scène omniprésent (ses interventions comme des didascalis permanentes) ou d'un surnarrateur qui suit une tradition pourtant bien connue (qui va du type roman picaresque à celui imaginé par Volodine, par exemple), notre narrateur donc, est pris d'un délire enfiévré complètement déroutant, faisant plonger encore plus avant le lecteur dans ce truc vieux comme le monde et que Borges fait remonter à Homère : la modernité.
On pourrait être agacé par ce qui se passe dans ce chapitre, et penser que Daniel Sada se paie la tête du lecteur. Je crois plutôt qu'il est capable de montrer à cet endroit quelque chose d'essentiel : ce que permet la littérature, c'est une liberté absolue : de l'auteur, du narrateur, du personnage, du lecteur... du livre même. C'est une grande EMANCIPATION qui a lieu (c'est à cela que je pense quand je parle de modernité).
Alors qu'on se trouve sur le fil tendu et raide, prêt à basculer d'un moment à l'autre dans le gouffre terrible de l'ennui, de la démesure, de l'abandon, de l'échec même, pendant plus de 650 pages, il y a à partir de cette période numéro quinze quelque chose de GEANT (je l'écris gros, pour que ça colle mieux au propos) qui se produit (même si, et les notes de g@rp comme les miennes peuvent annoncer qu'il y a des choses géantes dès les premières pages) : le narrateur se scinde, le narrateur bascule dans une schizophrénie entière. Mais, il ne s'agit pas pour Sada de faire de la psychiatrie (ou de la psychanalyse, ou juste de l'excuse de l'inconscient) un moyen ou un régime de la narration, je crois encore une fois qu'à cet endroit (cet endroit qui fait dire au narrateur, à trois reprises successives : "QUEL EST L'ENDROIT D'OU JE PARLE ?", en majuscule s'il vous plaît, aussi) où le narrateur se scinde, Daniel Sada ouvre un monde d'une étrangeté (au sens fort) essentielle. Nous ne sommes pas, malgré les apparences dans le discours théorique (Sada n'a pas l'air d'aimer théoriser, de faire de la méta-littérature comme d'autres peuvent y prendre un malin plaisir (jubilatoire, par ailleurs, lorsque c'est bien foutu)), nous sommes jusqu'au cou(p) dans la réalité la plus dure et la plus pure, celle qui donne à l'imagination la primauté et le pouvoir sur le reste. Peut-être est-ce dû aussi à une question culturelle, mais il est évident à la lecture de L'Odyssée barbare comme à celle de son prédécesseur direct Pedro Paramo (de Juan Rulfo, pour ceux qui ne parviendraient pas à suivre, une autre histoire mexicaine de fantôme, hum) que le monde des rêves existe comme celui des spectres et des divinités primitives, au même titre et avec pas moins de consistance et d'authenticité (de vérité, s'il m'était permis) que ce que nous nommons courament "réalité".

C'est tout bêtement d'un rêve dont il s'agit dans ce chapitre, un rêve croisé : celui de Trinidad et Cecilia, et le narrateur oscille étrangement entre deux (ou trois) possibilités de le raconter (car c'est cela l'essentiel chez Sada : raconter), le raconter depuis l'un ou l'autre des points de vue, même si c'est le même. (Par exemple.) Mais là où il y a quelque chose d'hyper-puissant, c'est que cette question du point de vue (essentiel pour Daniel Sada, il y revient à plusieurs reprises dans des entretiens) est évidemment couplée avec un art de la construction narrative, de la composition, de l'architecture du roman, de la perspective et de la vitesse qui vous fout tout bonnement sur le cul.


La matière du rêve n'a rien d'effrayant, quoique... (p. 663)

Deux rêves indépendants qui finalement se rejoignent. (p. 663)

QUEL EST L'ENDROIT D'OU JE PARLE ? Depuis un autre rêve ou depuis quoi, saperlipopette ? (p.666)


A ce moment-là, on se souviendra (enfin, on essaiera, parce que sans prendre de notes...) des premiers mots du chapitre trois de la première période, l'un des possibles commencements du roman, et l'on se dit qu'il y a un bluff gigantesque dans ce roman, du fait de sa construction et de son thème général, non, principal : le mensonge - il faut rappeler que le titre original est Porque parece mentira la verdad nunca se sabe, es decir en frances : "La vérité c'est comme du mensonge, on n'en sait jamais rien" (épigraphe et p. 273). On se dit que les rêves croisés pourraient expliquer la confusion chronologique qui brouille le lecteur, on se dit qu'il serait facile de tout mettre sur le dos du rêve, on se dit qu'il est hors de question de faire confiance une minute de plus au narrateur, encore moins à Sada. On se dit que le mensonge est une chose... merveilleuse :


Ici on commence le recoupement de considérations non fondées par quelqu'un qui confond la matière du rêve avec celle de la réalité sans savoir où se situe la ligne de partage ou bien où se trouve en définitive l'absurde (...) (p 18)


Je ne sais pas comment, mais j'en viens à cette conclusion, formule toute bizarroïde, comme quelque chose qui s'impose afin de clôturer pour aujourd'hui :
MENSONGE = LITTERATURE = VERITE


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Mercredi 18 mars 2009
La question des blogs littéraires a occupé une grande partie du débat. Raphaël Sorin, qui tient lui-même un blog, reconnaît que l’on en est qu’aux prémisses du média ; mais qu’une fois que la matière sera plus organisée, son effet sera explosif. *


J'aime bien ce mot "explosif" qui clot le compte-rendu de LivresHebdo.
Je veux pas m'avancer, mais il se pourrait bien par exemple que dans les mois qui viennent, un bombe électronique dont l'horlogerie de blogs fait flick-flack pète un bon coup en fRRRRRRic-fRRRRRRRac...

A part ça, le Salon c'était tip-top, et Daniel Sada, wow. J'en reparle très vite, encore.


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à propos

a.w.
co-fondateur de
CYCLOCOSMIA
fidèle casse-cou du
FRIC-FRAC CLUB
aléajoueur de
DARBRALEPH
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werli(.)antonio(at)wanadoo(.)fr
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le papier



...
Comment les livres sont-ils
arrivés dans ma bibliothèque ?
Par un mélange de hasards,
de curiosité systématique
et d'envies venues à l'occasion
de conversations et de lectures.
- Jacques Bonnet*

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