Lundi 14 janvier 2008
000000008.jpg
  • Littérature latino-américaine d'aujourd'hui - Colloque de Cerisy (Ed. 10/18). Le colloque a eu lieu en 1978, le livre est publié en 1980. Au sommaire, des chapitres qui m'intéresse particulièrement : sur Lezama Lima, sur Borges, sur l'exil et la littérature par Cortazar. De manière général, le colloque s'interroge sur l'engagement et/dans la littérature latino-américaine.
  • L'Echange impossible de Jean Baudrillard (Ed. Galilée).
  • Le Judas de Léonard de Leo Perutz (Ed. Phébus). Un auteur (encore) trop peu lu.
  • Paysage avec palmiers de Bernard Wallet (Ed. Gallimard). Ce récit - ces souvenirs - libanais par l'homme Verticales donne un écho fort et rétroactif au livre de Yussef Bazzi publié dans cette même maison l'année dernière.
  • Cahier de Sarajevo de Juan Goytisolo (Ed. La Nuée Bleue). La Nuée Bleue (éditeur alsacien connu plutôt aujourd'hui pour ses livres sur les bredele, la cathédrale de Strasbourg et les récits de la Seconde Guerre...) m'en bouche un coin. En 1993, ils publiaient un des auteurs espagnols les plus importants. Ils publiaient, en fait, de la littérature !
Ainsi, donc, les achats du jour. J'ai zappé une pile entière de livres acquis ces dernières semaines. J'en ferai prochainement la recension brève des plus importants.

par a.w. publié dans : acquisitions
ajouter un commentaire commentaires (2)    recommander
Lundi 14 janvier 2008
Ayant obtenu le meilleur job, la plus belle fille, la plus grosse montre, l’homme s’assit au sommet de la montagne qu’il avait gravie. Il leva les yeux au ciel. Décrocher la queue de Dieu comme il avait décroché la queue du Mickey ? Pour la première fois de sa vie, il chassa une idée présomptueuse. Mais alors, que faire désormais ? Il se mit debout, embrassa la vallée d’un regard et, relevant le col de son pardessus, commença à dégringoler dans les sondages.



Longtemps, je crus que je risquais l’électrocution en me mettant les doigts dans le nez. Plus tard seulement, j’ai compris : le court-circuit nous sauve.



Chose embêtante : si subversif voire explosif soit le contenu d’un livre, l’objet lui-même est on ne peut mieux adapté à l’ordre moral ou policier de nos sociétés sous contrôle. Voyez comme il rentre dans le rang et comme la bibliothèque rase les murs.




103 par Eric Chevillard - L'autofictif.
A visiter tous les jours, trois petites friandises d'ironie acidulées. Et à suivre de près l'écrivain sur le site consacré à son oeuvre.

par a.w. publié dans : humeurs
ajouter un commentaire commentaires (2)    recommander
Mercredi 9 janvier 2008


par a.w. publié dans : humeurs
ajouter un commentaire commentaires (2)    recommander
Mercredi 9 janvier 2008
Dans le dernier livre de Cormac McCarthy, si je me souviens, il y a des canettes de coca-cola cabossées, des caddies de supermarché amputés d'une ou plusieurs roues, des livres en poussière, des vieilles fringues trouées, des carcasses de voiture, des boîtes de conserve fermentées, des flingues rouillés, des bâches en plastoc crottées et même, incroyable, un sextant rutilant.
Je n'ai pas le souvenir qu'ait survécu à l'apocalypse de La Route ce si constitutif élément de notre civilisation (ou bien, l'aurais-je occulté ? Un lecteur attentif du roman pourrait peut-être me reprendre) : la télévision.

par a.w. publié dans : humeurs
ajouter un commentaire commentaires (2)    recommander
Lundi 7 janvier 2008
"La rive africaine a la beauté d'une énigme.", annonce la quatrième de couverture. Il y a effectivement de la beauté dans la composition espacée de ce court roman (178 pages) du guatémaltèque Rodrigo Rey Rosa (né en 1958), et certainement quelque chose d'énigmatique dans cette histoire tissée de vies bien différentes, dont la résolution ne se fait pas, justement, par celle d'une énigme mais dans le tableau vivant des mondes différents qui compose le Monde, et de leur impossibilité évidente à s'accorder. En somme, Rey Rosa impose la vérité de la réalité sur les fantasmes des individus.

Les deux récits principaux, en trois parties et cinquante-cinq courts chapitres, vont se superposer : un berger tangérois, Hamza, à la vie simple et aux rêves de richesse qui l'attend de l'autre côté du détroit de Gibraltar, et un voyageur colombien, Angel, qui a perdu son passeport et traîne dans la ville, dont l'errance administrative va le plonger dans une certaine langueur et accoutumance au pays. De nombreux personnages, d'un côté comme de l'autre, vont servir à croiser les deux vies, bien que de manière indirecte, puisque l'élément centrale de cette rencontre est une chouette achetée par Angel à un marchant ambulant dans la medina, qui va se blesser ensuite et sera soignée par Hamza.

Il y a une espèce de leçon cruelle dans ce livre, concernant l'essence de la rencontre, aujourd'hui.
Hamza dont le désir d'atteindre le Nord sera toujours refoulé à l'état d'illusion, même lorsque celui-ci viendra à lui, à la fin du roman, sous la forme d'une jeune archéologue française qu'a connu par ailleurs Angel, venant récupérer la chouette protégée par le berger, prête à faire le don de son corps jusqu'à ce qu'ils se dénudent et qu'elle voit dans le corps même de l'Autre qu'il est impossible de rien partager avec lui. Quant à Angel, qui croit pouvoir rester sur cette autre rive et vivre dans la condition exotique du contrebandier à la promesse de vie aventureuse, comprendra rapidement, échappant de justesse à la mort assassine, que cette condition n'est pas pour lui. Il perdra de plus, dans un mouvement parallèle et lointain, son travail, sa femme...
Les deux personnages auront raté leur rencontre. C'est qu'ils ne peuvent chacun rencontrer le monde de l'autre, peut-être parce que ce ne sont plus deux mondes différents (il n'y a plus d'Autre dans un certain sens) mais bien un monde faisant partie de l'autre et vice versa : le monde pauvre et sale de Hamza dont l'idéal est l'Europe riche et confortable ; le "tiers-monde" (j'emploie ce mot - avec des guillemets ! - qu'on devait utiliser encore je pense en 1999, année de première publication de ce livre, mais bien sûr pas pour Tanger...) "exotique" pour le touriste Angel en vacances (qui n'est pas européen dans ce roman, notons-le).
L'ironie de cet état des choses qui semble irréversible et aggravé avec le temps, c'est que cela se situe à Tanger, éminent lieu d'"échanges" entre le Nord et le Sud, lieu de transition aussi, où les personnages auraient pourtant volontiers troqué leurs identités, l'un pour le quitter, l'autre pour y rester.

Enfin, si l'on peut avoir de telles considérations à la lecture de ce livre, c'est principalement parce que Rodrigo Rey Rosa fait preuve d'une grande finesse dans l'écriture, d'une certaine élégance, assurément, et qu'il ne cède jamais au cliché, à l'atmosphère forcée, au trait exagéré. Il écrit avec des espaces et beaucoup de suggestion et ne fait heureusement pas le choix de la fabulation qui se voudrait justement faussement exotique. Rey Rosa est un grand voyageur qui a participé aux ateliers d'écriture de Paul Bowles dont celui-ci a traduits quelques uns de ses romans en anglais. Je serais enfin curieux de lire ses nouvelles, qui semblent incontournables, pour un auteur très considéré dans le monde hispanophone.

Roberto Bolaño (dans Entre parentesis, éd. Anagrama, 2004) conseille vivement Ningun lugar sagrado (éd. Seix Barral, 1998, il me semble encore non-traduit) "Ce livre est composé de courtes nouvelles, un format pour lequel Rey Rosa est un maître accompli, le meilleur de ma génération, une génération, d'un autre côté, qui a donné d'excellents novellistes." Il ajoute : "La prose de Rey Rosa est méthodique et sage. Elle ne dédaigne pas, à quelques moments, le fouet - ou mieux dit : le claquement lointain d'un fouet qu'on ne voit jamais - ni le camouflage. Ce n'est pas un maître de la résistance, mais une ombre, un rayon qui traverse brusquement l'espace de la normalité. Son élégance ne cause aucun tort à sa précision. Le lire, c'est apprendre à écrire et c'est aussi une invitation au plaisir pur de se laisser emporter par des histoires sinistres ou fantastiques."

La rive africaine est le septième livre de Rodrigo Rey Rosa traduit en français.

undefined
par a.w. publié dans : bibliothèque
ajouter un commentaire commentaires (17)    recommander
Dimanche 6 janvier 2008
Je ne trouve pas les mots pour parler de Yasser Arafat m'a regardé et m'a souri de Yussef Bazzi. C'est comme quand j'écoute certaine musique, ça touche la corde sensible, au fond du fond. Il y a une expérience du déchirement qui ne se joue que dans l'intimité et qui ne peut se partager. C'est quelque chose qui dépasse les mots, ou plutôt qui n'a plus rien à voir avec les mots. On aimerait en trouver, il n'y en a pas. Je ne peux ainsi que brièvement et maladroitement résumer le propos et, surtout, intimer à le lire. Claro en avait parlé à sa sortie sur son blog, en octobre dernier.

Ce récit court et à l'écriture sobre et précise raconte l'histoire d'un enfant-soldat de quatorze ans engagé dans la guerre civile libanaise en 1981. Il y passera son adolescence et y deviendra un homme. La guerre ne s'arrêtera pour lui que parce qu'il quittera son lieu même, pour l'Afrique, à dix-neuf ans. Dans ce temps qui ne se compte plus en années mais en un nombre incalculable de vies humaines, quelles soient celles des victimes de cette guerre sans fin ou celles que le jeune "Bazzi" a vécu au milieu des bombardements, des tirs de roquettes et derrières les armes des différentes factions pour lesquelles il a combatu, il n'y a pas la place pour un tremblement : vous jouez votre vie à chaque instant, dans une tension insoutenable.

Une nuit de fusées éclairantes entrecoupée de bombardements, une nuit de tours de garde interminables, de soif insatiable, immobile dans l'obscurité calme et sans air, lourde comme un bloc de ciment sur la poitrine. La vraie peur, parfois, c'est d'être sur le front alors que la bataille sommeille. Il est impossible de se reposer ; tout en moi est tendu, jusqu'au bout de mon corps, jusqu'entre mes jambes. Au creux de l'acalmie, je bande - une longue érection douloureuse, absolument vide de désir.

Yussef Bazzi est né en 1966 à Beyruth. Il est écrivain et journaliste.Son oeuvre poétique, très appréciée et reconnue par les plus grands poètes du monde arabe, est édité chez Riad al-Rayyes et Dar al-Jahid. Comme beaucoup de jeunes gens au Liban, Yussef Bazzi a été combattant durant la guerre civile libanaise de 1980 à 1986. --- quatrième de couverture.

undefined
par a.w. publié dans : bibliothèque
ajouter un commentaire commentaires (2)    recommander
Jeudi 3 janvier 2008
Lire La Route de Cormac McCarthy (L'Olivier - 2008) s'est fait dans une posture particulière, sincèrement étrange. Mentalement adossé à Lisbonne dernière marge d'Antoine Volodine (Minuit - 1990) que je relisais au même moment, accoudé d'un côté à l'oeuvre du français dont je commence à me sentir réellement familier et de l'autre au souvenir de lecture pénible et vite interrompue du précédent roman de l'américain (Non, ce pays n'est pas pour le vieil homme), en début d'année dernière. Certaines similitudes thématiques entre les deux livres m'ont permis d'apprécier d'autant plus l'un et l'autre qu'ils se répondaient d'une certaine manière, en écho, par leurs univers, qu'ils convergeaient en fait vers une même chose. Je ne suis pas certain que j'aurai autant apprécié La Route sans Volodine. J'ai certainement lu McCarthy par le prisme ou le filtre de Volodine, je l'ai certainement lu comme une parenthèse post-exotique, comme une espèce de Shagga apocryphe et mutante.

Commençons par un peu d'amertume, un point de vue très personnel, je soulignerai ensuite ce qui m'a plu dans ce livre. Il n'y aura par ailleurs pas de demi-mesure : ce qui m'a plu m'a beaucoup plu, ce que je n'ai pas aimé, je l'ai détesté.

Je n'accepte pas deux choses trouvées dans ces deux derniers livres traduits de McCarthy (les seuls que j'ai lus de cet auteur, je le rappelle) : 1/ son style (bien que redoutablement maîtrisé), si épuré, si minimaliste, si froid, si mécanique, qui ne m'a procuré aucune excitation, aucune satisfaction intellectuelle, aucune surprise, aucune émotion. C'est une écriture purement utilitaire, qui évacue tout hasard, toute poésie, tout jeu. 2/ quelque chose d'une naïveté monstrueuse dans le façonnage de ses personnages, ils sont d'une simplicité déconcertante (malgré cela, et par je ne sais quel miracle, ils tiennent la route, si je puis dire).

Dans Non, ce pays..., ça m'a été à tel point insupportable que je n'ai pas pu dépasser 50 pages. J'y ai vu un bon synopsis pour thriller contemporain hollywoodien, mais certainement pas un génial roman, n'en déplaise à Juan Asensio sur le site duquel j'avais découvert une critique du livre vraiment admirable, et que j'avais lue avec avidité (meilleure que le livre, dans le fond et dans la forme), mais dont je ne peux pas comprendre l'engouement.

Pour La Route, il y a une dimension différente, McCarthy touche à une certaine forme d'anticipation. Je rappelle brièvement l'histoire : le pays (qui cette fois-ci n'est pour aucun homme !) est recouvert de cendres, l'homme et l'enfant (les deux protagonistes) poussent un vieux caddie bourré de couvertures, de conserves, un calibre avec deux balles, un briquet, ce qui peut leur permettre de survivre le plus longtemps possible, dans l'espoir de rejoindre la mer, tout en tentant d'échapper à leurs congénères les plus bestiaux dont l'instinct de survie les a fait régresser jusqu'au cannibalisme. Décor post-apocalyptique, ambiance de tension et d'éternité, condition humaine érodée au possible (jusqu'à la perte des noms, du rire, des rêves, du langage), évacuation de la morale, de la transcendance, de la culture. C'est un admirable roman du reste.
Parce que La Route s'inscrit dans le registre de la fabulation, il gagne en fascination là où Non, ce pays... n'inventait rien, me semblait hyperréaliste. Il fallait au moins une idée, de préférence une bonne, pour écrire de cette manière et ces personnages, il fallait imaginer le monde qui colle à la peau de ces mots. McCarthy a réussi ce pari et je me suis laissé prendre au jeu, malgré les deux points noirs non négligeables donnés plus haut.

Un roman du reste donc.  Et c'est en cela qu'il résonne avec Volodine, par ce genre marginale de la littérature. Le monde dévasté, l'enfer que traversent les personnages de La route est de la même matière que le Bardo volodinien. Mevlido (Songes de Mevlido) qui, accompagné par trois agents, part en mission, doit mourrir pour renaître. Entre les deux il traverse une matière noire où l'homme se trouve littéralement sur sa propre frontière, à la limite de l'humanité et de l'inhumanité, pas (tout à fait) mort, ni (plus exactement) vivant. C'est cette même condition qu'expérimente l'homme et l'enfant de La Route. C'est cette même "épreuve" que subit Jorian Murgrave (Biographie comparée de Jorian Murgrave) dans son adolescence, entrant dans le poële du marchand de peaux, se frayant un chemin dans la matière noire. C'est toute la matière de Bardo or not Bardo.
L'homme et l'enfant de La route y sont. Le lecteur ne sait pas comment il y sont venus et comment ils pourraient en sortir, il n'y a qu'un fait : ils y sont, dans ce qui est (dans ce qui reste !) lorsque leur condition d'humain a été mise en pièces, réduite en cendres.

C'est là que La route est un roman d'une très grande puissance. Ces personnages d'une simplicité exaspérante, que l'auteur aurait même un peu trop dosé à la morale chrétienne (bien que dans le cas de La Route cela fonctionne, comme l'a écrit Thomz, "comme un vestige de ce qui autrefois existait, c'est-à-dire la conscience morale de l’homme, une fois de plus, ce qui faisait qu’il était un homme et non un animal.") fonctionnent à merveille dans ce monde où il n'y a plus d'Histoire, ni début, ni fin, ni possibilité d'être homme (encore longtemps). L'écriture à l'épure est parfaite, aucune fioriture, aucun mot, aucune ponctuation, aucune syntaxe inutile dans un monde où rien n'est plus même inutile : soit il y a une nécessité, soit il y a une ruine. Nous sommes dans le reste, ce qui subsiste, c'est ce qui survit. Il n'y a rien d'autre.

On notera, qu'en plus de l'épure stylistique, La Route est composée de courts paragraphes qui se succèdent aussi inlassablement que le roulis du caddie, au rythme des bivouacs (qui ouvrent souvent la scène) et des conversations entre père et fils réduites au minimum (qui la ferment). Le fil narratif est comme fragmenté, heurté constament, pas que quelque chose vienne perturber son déroulement (il n'y a rien qui puisse le faire puisqu'il n'y a rien) mais bien que ces cahots sont en quelque sorte les restes minimums d'un corps narratif qui aurait entièrement brûlé : comme une cendre narrative qui jonche le territoire du roman.

Un autre point me semblant intéressant, c'est la réponse possible à cette question que je me posai soudainement refermant le livre : qui parle ? Qui peut raconter cette inhumaine histoire ? Quelle est la voix du livre ? Ce livre a une voix très spécifique, singulière. Qu'est-ce que c'est que cette voix ?
Jouant le jeu jusqu'au bout, et refusant absolument une interprétation de l'auteur comme prophète, visionnaire, pourvoyeur d'une parabole sur la fin de l'homme, refusant le roman d'anticipation moralisateur, le simple tableau de cruauté, le délire biblique ou raisonnablement la fable métaphysique, je propose que cette voix est simplement celle même de l'enfant (lui ou n'importe quel autre, car pour exemple, il y en a un autre qui aura son rôle dans le récit), de l'enfant qui aura grandit dans ce monde de cendres, reste parmis les restes, et n'aura de cesse d'élaborer un récit mythique, fondateur, grâce à une mémoire trouée et des certitudes effondrés, à l'image rigoureuse de ce qu'il est, définissant une condition pour ce qu'il est de reste, une condition du reste en quelque sorte, élaborant une voix en lisière de l'ironie et de la cruauté de la nature, pratiquant une espèce radicale de littérature des poubelles qui échappe non pas à l'officiel, mais simplement à la mort évidente. Enfin, j'aime cette idée que McCarthy réalise une boucle parfaite entre l'histoire qu'il conte et la forme qu'il y met pour fabriquer une machine célibataire implacable.

Ainsi, je ne sauve pas Non, ce pays n'est pas pour le vieil homme, quand bien même je sais que certains de mes compagnons de bibliothèques ont une toute autre idée de ce roman et savent argumenter en sa faveur. Nous verrons bien le 23 janvier si les frères Coen en ont fait autre chose qu'un thriller contemporain hollywoodien. Mais je pousse à lire La route qui retranche le lecteur à la dernière marge d'un monde en cendres, et prouve que face au néant, c'est la littérature qui gagne.

Non, ce pays n'est pas pour le vieil homme - Cormac McCarthyLa route - Cormac McCarthy

par a.w. publié dans : bibliothèque
ajouter un commentaire commentaires (10)    recommander
Lundi 31 décembre 2007

J'ai lu, il y a maintenant un paquet d'années, Cent frères de Donald Antrim (Ed. L'Oliver). Je me souviens d'un narrateur blasé et passablement ennuyé qui se retrouve à un repas de famille, à vrai dire au repas funéraire du père, déroulant sa nombreuse généalogie au lecteur, ses cent frères qu'il ne rencontre par ailleurs que rarement, dans une grande maison étange, et je crois bien, plus précisément dans une vaste bibliothèque. Un roman déjanté, foisonnant, bourré de scènes absurdes où les psychoses et les névroses des personnages sont portées à l'excès, où se succèdent rituels primitifs et surréalistes, où l'on frôle le fantastique comme il surgit chez Kafka par exemple, ou Basara plus près de nous. Un Basara américain qui explorerait le fond des obsessions et délires de la société américaine, et de la famille, of course.

Votez Robinson ne m'a pas marqué. Pris dans la foulée, je me souviens uniquement l'avoir abandonné en cours de route.

En revanche, La Vie d'après, qui paraît en janvier toujours à L'Olivier se lit très vite et avec plaisir. Antrim écrit une manière de mémoires en même temps qu'un portrait hommage de sa mère, un "livre de ma mère" comme le note la quatrième de couverture. L'étonnant du livre est peut-être qu'on oublie régulièrement à la lecture qu'il parle d'elle, de sa famille, de sa vie - l'objet du livre ne vous revient en tête que lorsqu'il cite son nom, le nom de son père, de sa mère - tant la narration est romanesque, tant les personnages paraissent issus d'un conte farfelu contemporain. Au bout du compte, il n'en est rien, c'est bien de la réalité dont Antrim nous parle, de l'histoire de ses parents, et bien qu'il y ait quelques fois de la honte, du dégoût et du ressentiment, il y a aussi une très forte tendresse.

Antrim commence son récit avec le décès de sa mère, alcoolique, fumeuse invétérée et très gravement malade. Son deuil est difficile et doit passer, singulièrement, par l'achat d'un nouveau lit. Le premier chapitre est truffé de cocasseries bien que le sujet soit tragique. C'est peut-être toute la force de l'auteur dans ce livre de pouvoir écrire des situations, des moments graves avec un sourire et une tendresse à toute épreuve. Dans les chapitres suivants, le lecteur découvre une famille originale où chaque membre tient une place plus surréaliste que les autres, Louanne en première position, très excentrique femme que la paranoïa et l'alcool achèveront finalement.

Parmis quelques lectures plus lourdes, plus sérieuses, plus violentes ces quinze derniers jours, La Vie d'après a été un agréable moment, comme un petit nuage tranquille et euphorique qui m'ammène à la nouvelle année.

Pour le début d'année prochaine, au programme très vite : La route de Cormac McCarthy, Lisbonne dernière marge de Antoine Volodine, Za de Raharimanana et La rive africaine de Rodrigo Rey Rosa. Bonne année à tous.

Cent frères - Donald AntrimLa vie d'après - Donald Antrim

par a.w. publié dans : bibliothèque
ajouter un commentaire commentaires (7)    recommander
Mardi 25 décembre 2007
...durant des centaines d'années, à côté de la littérature officielle, humaniste, autre chose avait existé, avait utilisé des mots, écrit et diffusé des livres, autre chose avait survécu dans les souterrains de la culture. Cet autre chose s'illustrait au fond d'insaisissables réseaux et filières [...] hors du contrôle intellectuel de la société. Et hors de son contrôle moral.

Antoine Volodine - Lisbonne dernière marge (Ed. Minuit - 1990)


par a.w. publié dans : notes d'intentions
ajouter un commentaire commentaires (2)    recommander
Dimanche 23 décembre 2007
Il y a des heures impitoyables pour les informations sur Fip : Julien Gracq est mort ce matin à l'âge de 97 ans.

par a.w. publié dans : humeurs
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander

contact

werli(.)antonio(at)wanadoo(.)fr
au Fric-Frac Club

sommaire

commentaires

rechercher

 
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus