Jeudi 20 décembre 2007
Quelques unes des plus grandes claques littéraires de ma vie proviennent de sa maison.
Je l'ai croisé deux fois, ce vieil homme maigre et calme, malade certes, caché derrière ses larges lunettes dans son costume bien chic, à la taille impressionnante. Ce type âgé comme ma grand-mère qui n'a pas lu beaucoup de livres dans sa vie, par ailleurs, mamie.
Il y avait une foule entre lui et moi, à chaque fois, et je n'ai bien entendu pas osé la braver pour lui dire même tout simplement merci monsieur d'avoir fait ce que vous avez fait et de continuer à le faire avec autant de passion. Monsieur, dans un sens c'est grace à vous que je suis le lecteur que je suis et que le livre tient cette place, parce que Tolkien adolescent, comme Pedro Babel, et d'ailleurs à cette époque-là, je ne savais pas vraiment encore lire, je lisais bourgeois voyez-vous... Monsieur, il n'est pas nécessaire de vous énumérer ensuite votre catalogue pour que vous compreniez combien vous comptez énormément pour ma bibliothèque et pour moi-même et pour notre devenir commun, Monsieur, aujourd'hui, à elle et moi.
Vous êtes mort ce matin, je l'ai appris à la radio à onze heure moins dix. J'ai descendu l'étage pour dire à mes collègues qui emballaient frénétiquement quelques livres qui n'étaient certainement pas les vôtres que Christian Bourgois est mort. Elles étaient certes peinées, comme moi, d'entendre qu'un grand homme de l'édition comme vous nous avait quitté quelques heures auparavant, mais ne pouvaient l'exprimer à voix haute, le service c'est le service, il y a la file de clients, quoi, vous comprenez, c'est pas le moment de la minute de silence.
Je remonte, un peu triste, pas que la mort en soi me rende triste, mais voilà, vous n'êtes pas rien dans le livre si je peux dire.
Vous n'êtes pas rien. Bref. Il est certain que, d'une certaine manière, vous allez nous manquer.

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Jeudi 20 décembre 2007
"L'éditeur Christian Bourgois est décédé jeudi matin à Paris à l'âge de 74 ans des suites d'une longue maladie, a-t-on appris auprès de sa maison d'édition.

Né en 1933 à Antibes (Alpes-Maritimes), Christian Bourgois avait commencé dans l'édition au début des années 1950 au côté de René Julliard. Il avait créé en 1966 les Editions Christian Bourgois, qui ont notamment bâti leur réputation sur leur domaine étranger.

Christian Bourgois a notamment été l'éditeur en France des écrivains américains de la Beat génération, Allen Ginsberg ou William Burroughs, et de Jim Harrison. Boris Vian ou Salman Rushdie figurent également parmi les auteurs vedettes de sa maison d'édition."

---- AFP

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Dimanche 16 décembre 2007
En janvier, il y aura sur les tables des libraires : "La tectonique des sentiments", "Pelles et râteaux : chroniques d'un père célibataire", "Kiffer sa race", "Permettez-moi madame de vous répudier", "Mazeltov, mister Poullaouec !" et plein d'autres choses aussi croustillantes sinon plus (LivresHebdo N°714 du 14 décembre 2007).
Je me demande sincèrement ce que font les éditeurs pour laisser passer des titres pareils.

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Mercredi 12 décembre 2007
"Lancé à l’initiative d’Hélène Clemente [chargée de mission au SLF], de Pascal Didier [représentant au Seuil et écrivain] et de Frédérique Leblanc [sociologue, enseignante chercheur], l’atelier melico prépare la mise en oeuvre d’un projet éditorial sur la pluralité des identités de la librairie indépendante et les mutations en cours."

MELICO est bourré d'infos sur la librairie et l'édition indépendante. Ce site s'adresse principalement aux professionnels du livres, mais aussi à tout lecteur qui veut en savoir plus sur ce qui se trame derrière le rideau. Enjeux de la librairie et de l'édition indépendante, enjeux des nouvelles technologies et des nouvelles pratiques (internet, livres sonores...), observations du monde du livre, fort complexe et mouvant.


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Mardi 11 décembre 2007


  • Entretien de Jorge Luis Borges avec André Camp, suivi de Neuf essais sur Borges par François Bouchardeau (HB éditions)
  • Georg Simmel, Secret et sociétés secrètes et Le Conflit (Circé/poche)
  • Jean-Luc Nancy et Jean-Christophe Bailly, La Comparution (Bourgois, coll. Titres). Un des ouvrages de référence qu'utilise Lionel Ruffel dans Le Dénouement
  • Auguste Blanqui, Maintenant il faut des armes (La Fabrique éditions)
  • René Schérer et Geoffroy de Lagasnerie, Après tout - Entretiens sur une vie intellectuelle (Editions Cartouches.

Quand trouverai-je le temps de lire cela ? La question se pose à chaque nouveau livre qui rejoint la bibliothèque. D'autant plus qu'il faut compter les retards imprévus dus aux lectures des livres empruntés à gauche et à droite.

Ces temps-ci, j'ai le nez dans un ouvrage de SF, Le codex du Sinaï de Edward Whittemore, qui ne manque pas d'humour (conseillé depuis belle lurette par mon ami Le Theope).
J'ai aussi lu la moitié du Kafka de Deleuze et Guattari, et j'avoue que j'ai un peu de mal (à part le chapitre "Qu'est-ce que la littérature mineure"). Mais je vais opérer un petit virage : je laisse tomber celui-ci et tire d'une étagère, en échange, Qu'est-ce que la philosophie.
Je n'avais pas continué Le bal des vipères de Horacio Castellanos Moya, mais la légereté de ce titre m'ira peut-être bien en cette période éreintante, j'irai donc jusqu'au bout, ça me changera les idées. Même si ce n'est pas une pépite (il n'arrive pas à la cheville de ce à quoi nous avait habitué l'auteur) ça reste un bon petit moment de lecture.
Le Dénouement de Ruffel va par contre y passer. J'aime beaucoup, comme dans Volodine post-exotique, sa manière de conjuguer philosophie et littérature pour parler de littérature.
Il me reste encore une petite partie de la bio croisée de D&G par Dosse.
Moyens sans fins d'Agamben, dévoré. Mais que dire.  Je n'arrive à rien préparer. Ca viendra peut-être plus tard, lors d'une relecture. Une chose est sûr, c'est très très bien.
J'ai repris aussi Lisbonne dernière marge de Volodine, lu il y a quelques années. Avec du courage et un peu d'inspiration, en sortira certainement quelques nouvelles méditations post-exotiques.

Ce petit état des lieux pour dire que les lectures vont bon train, mais que le temps passe et qu'il manque à l'élaboration de notes conséquentes et substantielles. Et puis il y a du pain minuscule sur la planche minuscule...

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Lundi 10 décembre 2007
Les secrets magnétiques de la pop music se trouvent ici-bas.

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Mardi 4 décembre 2007
Trois machines-outils fantaisistes de quinze centimètres de côté, composées hier soir, au stylo pilote et à l'oeil radiographe.

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Dimanche 2 décembre 2007
Tracey en mille morceaux de Maureen Medved paru aux Editions Les Allusifs.

Tracey a quinze ans. Elle s'est enfui de la maison. Elle ne possède qu'une carte de bus et quelques billets tirés du sac à main de sa mère. Elle est nue, à peine couverte d'un rideau de douche. Elle a le visage collé à la vitre d'un autobus, et de l'autre côté, dehors, le blizzard.
Elle parle à la buée qui dessine des motifs étranges ; elle parle aux formes confuses qu'elle aperçoit dans la neige. Elle se parle à elle-même, tente de rassembler ses souvenirs, cherche des vérités perdues sous les mensonges qu'elle a elle-même élaborés.

Sous la forme d'un monologue fragmenté, il y a une jeune fille en crise, dont le corps et la tête ne semble pouvoir répondre aux exigentes conventions sociales qui excluent d'office toute bizarrerie, toute anormalité, aussi négligeable qu'elle puisse paraître.

Dans le délire chaud de ses paroles, qui lui servent, en toute finalité, à échapper à la mort (dans deux sens : la mort qui est déjà là et la mort qui vient), se développent des images d'enfant, des visions surréalistes, des fulgurances poétiques d'une vive noirceur. Je reste impressionné par ces éclats, en voici une poignée :

"Je coloriais pas correctement leurs cartes géographiques, et puis après ? Ils savent pas comment les couteaux dans mon cerveau creusent des tunnels vers d'autres lieux."

"Quand un cheval tombe, de l'écume sort de sa bouche. Quand il tombe, ses pattes s'agitent et il est plus bon à rien, alors quelqu'un l'abat. Le cheval est transformé en colle. Une machine remplit des pots de colle. Certains pots ont une tétine et les enfants la pressent pour en faire sortir la colle et coller des bouts de papier sur des cartes. Les enfants se retrouvent avec de la colle sur les mains et mangent la colle. Les enfants deviennent le cheval."

"Je voulais qu'une bombe me fasse exploser. Je voulais Hiroshima. Je voulais des paniers de fleurs Molotov. Je voulais que des énormes éclats de métal lacèrent le monde."

"J'aime pas la campagne. Ca me donne la chair de poule. A la campagne, il y a des cadavres dans des marécages, des fossés, des tombes peu profondes. Un homme jette le cadavre d'une fille dans un fossé. Le corps pourrit, devient une substance visqueuse. Des fleurs poussent à l'endroit où se trouve le corps. Des graines s'échappent des fleurs. Une abeille butine les fleurs et fait du miel. La famille de la fille achète le miel au magasin. La famille mange la fille."

"Regardez ce gros soleil jaune qui éclate hors du monde."

tracey en mille morceaux - maureen medved

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Lundi 26 novembre 2007
Sorti ces jours-ci, Le livre des éloges d'Alberto Manguel (L'Escampette Editions) contient quatorze textes dont la plupart sont des traductions de textes commandés pour le supplément littéraire d'El Pais.
Véritables essais (très courts mais riches), il y est toujours question du livre et de la lecture. Cela va de soi pour l'"Eloge de la Bible", l'"Eloge du livre de poche", l'"Eloge du libraire"... cela peut paraître moins évident pour l'"Eloge de l'horreur", l'"Eloge des animaux" ou l'"Eloge de l'impossible".
Qui connaît Alberto Manguel - qui a lu, disons, son Histoire de la lecture ou le récent La Bibliothèque la nuit - sait quelle place irréductible a le livre dans sa vie, sait que le livre et la littérature est la matière de ses propres livres et de ses réflexions. J'invite celui qui ne le connaît pas à rentrer dans sa bibliothèque. Ce Livre des éloges en est une porte.

Ces éloges, un peu de la même manière que dans Journal d'un lecteur paru chez Actes Sud en 2004, sont le prétexte à sortir de la bibliothèque purement littéraire pour entrer dans une sphère plus intime qu'on aborde avec beaucoup de plaisir et d'intérêt. Chez Manguel, le livre est quelque chose qu'on ne peut pas retrancher à l'éclat de la vie. Le livre est la brique qui lui sert à monter l'édifice de sa mémoire, le couteau qui sert à façonner l'identité et le ciment qui sert à maintenir conjointement les doutes et les certitudes, ce qui constitue, à mon sens, le propre de la curiosité. Le livre contient les réponses qu'on peut espérer toujours mais contient aussi les remises en causes qu'on n'attend jamais. Heureusement, cela ne se fait jamais dans l'ordre : lire est toujours une surprise. Quelque fois par ce qu'on y trouve, souvent par ce que nous révèle la lecture de nous-même. Comme le dit George Steiner, c'est le livre qui nous lit. Comme le dit Manguel dans l'"Eloge du plaisir" où il se rappelle la mort d'un ami : "La lecture ne console pas. En revanche, elle peut mystérieusement servir de miroir."

Dans son "Eloge de la foire au livre", on peut lire : "(...) il y a des foires cordiales, conçues semble-t-il pour faire plaisir aux lecteurs, comme la Foire du Livre de Madrid ou de Colmar." Manguel a raison. Je m'en souviens à chaque fois que j'y vais - à la Foire de Colmar, c'était ce week-end - à quel point celle-ci est à taille humaine et l'ambiance y est conviviale. En somme, c'est une foire tout à fait agréable, où l'on peut sincèrement prendre le temps de discuter avec les auteurs, les éditeurs, les libraires présents - ce que je n'ai pas manqué de faire. Et où j'aurais pu certainement discuter avec Alberto Manguel si celui-ci ne s'était pas éclipsé alors que j'arrivais et allait revenir à une heure à laquelle j'aurais déjà quitté les lieux.

Enrique Vila-Matas écrit, dans sa préface à ce Livre des éloges : "Il m'est arrivé d'entendre Alberto Manguel dire que la lecture commence par un acte privé qui conduit immédiatement à un dialogue, car lorsque s'achève la lecture d'un livre, on a envie aussitôt d'en parler à quelqu'un." Si je n'ai pas pu voir Manguel hier pour en parler, il est étrangement présent aujourd'hui, comme une ombre amicale qui gambade d'une page à une autre, d'une tranche de livre à une autre, sur les rayonnages de ma bibliothèque. Et étrangement, Vila-Matas lui tient la main, car il a aussi son rôle à jouer dans ce jeu d'amitiés invisibles qui sont nouées dans les communautés secrètes des lecteurs qui ne peuvent se rencontrer qu'au travers des livres-miroirs.

le livre des eloges - alberto manguel

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Samedi 24 novembre 2007
Radio Paludes, vendredi 23 novembre. Nikola chronique les quatre miniatures parues cette année. Approche des thèmes de chacun des titres et critique générale enthousiaste. Je vous laisse avec la voix de Nikola.



Paludes est une émission littéraire qui se déploie sur les ondes de Radio Campus Lille (106,6 en FM ou sur Internet http://www.campuslille.com) le vendredi de 10h30 à 12h00. Lectures et présentations de livres, d'auteurs, d'éditeurs, revue de presse... Les ouvrages présentés sont toujours en marge et de qualité, des nouveautés ou des classiques. Leurs choix sont audacieux, exigeants et croisent de nombreuses lectures faites ici, ou là (au Fric Frac Club Electrique...) (comme dernièrement avec Agonie d'Agapè de William Gaddis, chroniqué le 2 novembre).
A suivre. Et penser à s'inscrire à la newsletter de l'émission, vous serez avertis des programmes, et pourrez écouter, dès le samedi qui suit, l'émission de la veille.


nota du 3 décembre : fichier téléchargeable .

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werli(.)antonio(at)wanadoo(.)fr
au Fric-Frac Club

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