Dimanche 28 octobre 2007
De quoi Sarkozy est-il le nom ? A cette question se propose de répondre le philosophe Alain Badiou dans l'ouvrage paru ces jours-ci aux Nouvelles Editions Lignes.

Reprenant en partie des séminaires de l'année en cours donnés à l'Ecole Normale Supérieure, ainsi que des projets d'articles pour la presse, Badiou tente de gratter la croute sur le nom Sarkozy, et de dévoiler ce qu'elle cache. C'est à mon sens réussi. Alain Badiou effectue des constats justes et qui permettent de mettre en ordre des intuitions et des idées qu'en tout état de cause on ne prend pas le temps d'élaborer au quotidien, et dont on a plaisir à traquer les formulations, si possible solides (et quand je dis "on", on peut bien sûr lire "je"). Voyons ce que dit Badiou, dans l'ordre à neuf parties de son livre.

Tout d'abord, Badiou définit l'appareil électoral de notre démocratie représentative comme une opération vide de sens politique, sinon comme entretenant simplement, par le biais d'une double dialectique de la peur, un éloignement significatif au réel, en particulier pour ces élections présidentielles de mai 2007. A droite : la peur de la guerre, à gauche : la peur de la peur de la guerre. Face à cette désorientation organisée, il est nécessaire de rejeter affirmativement cette illusion qu'est le vote comme opération d'un choix véritable. Il faut réinvestir le réel : "trouver ailleurs le principe d'une orientation de la pensée et de l'existence". Il faut, selon lui, ne pas céder à l'illusion : ne pas voter.
Par ailleurs, ces peurs sont cristallisées à partir de ce que Badiou appelle le pétainisme. Nous y reviendrons.

Bien entendu, il y a eu vote, et le résultat pèse sur les épaules. Badiou expose trois éléments afin de comprendre ce poids soudain, ce coup porté.
Un premier élément pulsionnel, la peur comme discours du pouvoir ; un deuxième nostalgique, "un vieux monde s'écroule" comme moteur de la désorientation ; un troisième élément, l'impuissance comme "dimension intrinsèque de la démocratie électorale" et j'ajouterai, paradoxale.
"Tout le monde voit que la démocratie électorale n'est pas un espace de choix réel, mais quelque chose qui enregistre, comme une sismographie passive, des dispositions qui sont tout à fait étrangères au vouloir éclairé, qui n'ont rien à voir avec la représentation qu'une pensée réelle peut avoir des objectifs que la volonté poursuit." Quelques exemples viennent étayer cette proposition, dont les rappels des arrivées de Pétain ou Hitler au pouvoir.
De l'impuissance à l'impossible, Badiou propose de suivre Lacan : transformer l'impuissance du possible en impossible, trouer la réalité, réaliser formellement des exceptions, tenir ce point qui est vôtre, coûte que coûte. En somme, si je ne me mélange pas trop les pinceaux, être une singularité effective et ferme au sein du monde.

Badiou fait ensuite la proposition de points à tenir, "dans le monde dont Sarkozy est l'emblême", qui ne sont "ni un programme, ni une liste, mais une table des possibles, abstraite et incomplète." Ces points sont sans surprise des thèmes d'une importance capitale dont on aura peu entendu parler lors de la campagne présidentielle : revaloriser les ouvriers, particulièrement ceux de provenances étrangères ; considérer que l'art et la création n'ont rien à voir avec le commerce ; de même que la science ; réinventer l'amour ; réhumaniser le domaine de la santé ; considérer toute politique d'émancipation comme supérieure à une nécéssité de gestion ; enlever les médias des mains de marchands d'armes ; "il y a un seul monde".
Badiou argumente, mais on se demande si ce n'est pas pour un prêche de convertis. Enfin, l'essentiel selon lui, c'est tenir. Il a raison, certainement.

"Il y a un seul monde." C'est son dernier point qu'il développe plus longuement dans une partie qui y est entièrement consacrée. Il est une nécessité de voir et savoir notre monde comme un seul monde. Il est nécessaire d'affirmer cette évidence. A quelles fins ? Pour s'opposer, entre autre, à la construction de nouveaux murs physiques et culturels et aux phénomènes de plus en plus fréquents d'exlusions. Ce point répond à la première partie du livre : la peur divise le monde en deux, moi et l'exclu, moi et le pauvre, moi et l'étranger. L'Autre chez Moi. Pour affirmer "il y a un seul monde", il faut en somme accepter l'étranger comme soi-même, combattre la peur à l'aide de "la vertu cruciale du moment : le courage."

Le courage, donc, c'est l'énergie qui sert à tenir le point singulier dans la réalité. C'est un temps différent du temps de la loi du monde. Sans cela, impossible de franchir le cap dépressif, impossible de conjurer la peur. Face au coup porté global, il y a la nécessité d'un courage local, afin de trouer une disposition globale dont Sarkozy est le nom.

Et cette disposition : le pétainisme. Préférer se protéger de la guerre plutôt que de la regarder dans les yeux. Si Pétain en est la figure paroxystique, le pétainisme commence en France en 1815 avec la Restauration, et Sarkozy en est aujourd'hui aussi un masque possible. Badiou annonce que le "pétainisme" est le transcendantal de la France, source magistrale de la désorientation des consciences. "Je propose de dire que "pétainiste" est le transcendantal, en France, des formes étatiques et catastrophiques de la désorientation." Il définit le pétainisme par les dépressions historiques que la France a traversé au cours de son histoire récente - je ne ferai une fois de plus pas le décompte des arguments, - et réussit à appliquer cette définition à Sarkozy, "qui relève du transcendantal pétainiste."

Un chapitre ensuite, sur l'idée de "l'incorruptible". "Que va-t-il se passer ensuite avec ce pétainisme soft?" Dans une politique où tout est affaire, il est nécessaire pour Badiou de penser cette notion de corruption qui est au coeur du fonctionnement politique actuel. Tous pourris, certes, mais on le sait depuis pas mal de temps. (Tout le souci c'est qu'il ne suffit pas de ne pas en vouloir pour ne pas les avoir.)

Dans les deux parties qui closent le livre, il est question de savoir si une forme politique existe pour laquelle il serait possible d'opter en échange du capitalisme rutilent qui définit nos existences sans consistance : le communisme serait l'option émancipatrice. Bien sur, Badiou ne parle pas d'un communisme vécu (on sait trop bien comment ce mot est connoté), mais tente de resourcer le mot, parle d'un schème intellectuel, "d'une Idée, pour parler comme Kant, dont la fonction est régulatrice, non d'un programme."
"Le communisme est la bonne hypothèse." Il en fait ensuite le détail intellectuel et historique pour avertir à cette nouvelle expérimentation du communisme qu'il sera nécessaire de réaliser, car il n'est pas possible d'en rester à l'hypothèse, après cette séquence historique intervallaire où domine l'ennemi, capitaliste, plus particlièrement en France : sarkozyen.

En somme. Alain Badiou croit toujours à la Révolution et attend l'évènement. Il exhorte à la fin du livre à se préparer et s'atteler à une tâche "exaltante" : assurer l'existence nouvelle de l'hypothèse communiste.

Si son analyse du sarkozysme me semble juste, si pour de nombreuses raisons, les temps qui courent me semble absolument ombrageux, comme à lui et dans les mêmes manières que les siennes, je ne peux juger effectivement les prises de positions du philosophe. Je n'ai ni le recul référenciel, ni assez de temps d'analyse pour prendre position pour, contre ou en réserves. Je préfère me laisser porter et nourrir par lui, dans l'immédiat, continuer à réfléchir à cette "hypothèse communiste", sans savoir s'il me faudra y croire comme de l'unique hypothèse recevable.
Néanmoins, ce livre est intelligent et pertinent. Engagé. Une lecture importante, comme l'ont été les lectures relativement récentes (dans l'année qui vient de passer) de L'insurrection qui vient du Comité invisible (Ed. La Fabrique), dont je trouve ici de nombreux motifs, bien que le livre de Badiou soit plus sage (Le comité invisible exhorte à l'insurrection et la création immédiate de nouvelles communes ; plus impuslif que Badiou, il est temps pour la révolution) ou de LQR de Eric Hazan (Ed. Raison d'Agir) qui fait aussi de beaux parallèles de fonctionnement entre notre temps politique contemporain et celui du IIIème Reich allemand par exemple, par le biais du langage technico-politico-médiatique. A ce propos, très prochaine lecture de son dernier essai qui traite aussi de Sarkozy et de ses cent premiers jours d'investiture : Changement de propriétaire, la guerre civile continue (Ed. Seuil).

On aura trouvé Alain Badiou à la télé jeudi soir sur France3 dans "Ce soir ou jamais". Heureusement pour ceux comme moi qui n'ont pas la chance d'avoir de petit écran : l'émission est en libre diffusion sur http://ce-soir-ou-jamais.france3.fr.


C'est que les derniers romans commencés me tombent des mains. Il y a des cycles pas que pour la révolution.

De quoi Sarkozy est-il le nom ? - Alain Badiou

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Jeudi 18 octobre 2007

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Les achats de ces derniers jours :

  • Soixante-cinq rêves de Franz Kafka de Felix Guattari, une courte anthologie de textes de Guattari aux Nouvelles Editions Lignes, autour de Kafka, de ses rêves en particulier.
  • Gilles Deleuze Félix Guattari - Biographie croisée de François Dosse à La Découverte, sur les bons conseils de Claro et Le Théope.
  • Dire presque la même chose de Umberto Eco. Receuil d'articles sur la traduction.
  • Prostitution de Pierre Guyotat.
  • La littérature à contre-nuit de Juan Asensio aux Editions Sulliver, que je me réjouis de lire sur papier plutôt que sur écran.
  • et pour finir en beauté : Derrière son double de Jean-Pierre Duprey en Poésie/Gallimard.

Toute la question, maintenant, est de savoir quand je vais lire ces livres..

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Mercredi 17 octobre 2007
Volodine post-exotique de Lionel Ruffel se découpe en quatre parties. Acceptons ce qui suit comme un compte-rendu pulsionnel et non réellement critique.

La première, "Fables du siècle", introduit le sujet et présente les régimes de discours dont use Volodine dans ses livres, la fabulation étant celui qui prédomine. Volodine, c'est le corps endormi du XXème siècle. C'est les terreurs noirs et les occultations de la mémoire, éclairées par une nouvelle lune - dont certains personnages préconisent par ailleurs quelque attentat à son encontre. Ruffel définit le rôle du personnage volodinien, ou la posture de l'auteur lui-même ce qui revient au même, dissident, en procès, coupable, exclu, face au tribunal de l'Histoire et de la littérature, lors d'un jugement dernier qui a vraissemblablement déjà eu lieu. S'esquisse, à partir de cette moralité oubliée, dépassée, épuisée, une mémoire des restes, une fable du reliquat, en dérive.

La seconde, "Une oeuvre-monde", traite de la limite. Limite du territoire du fantasme, du cauchemar du vingtième-siècle et des cauchemars des personnages de l'oeuvre. Ruffel détermine une forme close et en expansion pour l'univers post-exotique. Une forme multiple de bibliothèque, d'archive et d'anthologie. Il s'agit que l'univers post-exotique est l'univers d'un livre, lié à la vie par la fable qui en a été tirée. Mais résolument ailleurs, hors-lieux puisque potentiellement en tous lieux, utopique donc, comme les rêves qui sont partout et nulle part.

Ces deux premières parties mettent à plat et rationalisent, en vue de poursuivre la démonstration, ce qu'Antoine Volodine dit déjà généralement et suffisamment dans le métatexte (le discours dans ses livres qui parle de ses livres), en particulier dans Le post-exotisme en dix leçons, leçon onze qui contient la théorie, bien que le livre même doit être considéré, à mon avis, comme une superbe mise en pratique, déroutant déjà la théorie.

La troisième, "Dispositifs", s'attache plus particulièrement à établir certains motifs moteurs de l'édifice narratif volodinien, qui produisent un mouvement tendant constament à la théâtralisation. Ruffel observe quatre dispositifs : spectacle/écran ; camera obscura ; magie/chamanisme ; interrogatoire. Considérés ponctuellement, ce sont simplement des scènes primitives et récurrentes. Mais dans la trame du fantasme volodinien, ces scènes deviennent dispositifs, mise en scènes rituelles qui laissent aux constellations fabuleuses qu'elles déterminent, la possibilité de se recomposer en une infinité de variations, et d'élargir toujours les limites de l'oeuvre-monde.
On commence à se décoller de se que Volodine peut dire lui-même de ses livres.

La dernière, "Le peuple post-exotique", dans une boucle en revers, rattrape le personnage post-exotique de la première partie et cherche à définir sa place dans cet oeuvre-monde. Le personnage post-exotique semble composer une sorte d'homo sacer qui à l'échelle de la multiplicité des voix compose un peuple de la marge et du reste, qui habite par ces voix les dispositifs précités, et ainsi anime dans un souffle sa survie, et gonfle aussi l'enveloppe creuse de nos propres existences dans un geste désespérément politique, celui d'imposer au lecteur de choisir son camp.
Cette dernière partie, à grands renforts de philosophes contemporains majeurs (Agamben, Rancière, Sloterdijk, Deuleuze et Guattari...) entame une réflexion sur le politique dans l'oeuvre d'Antoine Volodine que j'aurai du plaisir à voir poursuivie.

Soyons maintenant moins pulsionel...

Cette première monographie consacrée à Antoine Volodine est sérieuse, riche et sa réussite est peut-être de dire à certains moments ce que Volodine n'a pas déjà dit ailleurs, car la difficulté majeure d'appréhension et d'étude de son oeuvre est que, comme dans un circuit fermé, l'oeuvre elle-même se définit dans un métatexte (romans et entretiens, finalement toute parole de Volodine) et porte un regard acéré et studieux sur son propre reflet. Mais ceci n'est qu'une difficulté, non pas une impossibilité. Il faut dépasser l'épais mur auto-critique qui enceint le coeur philosophal de l'oeuvre et toucher le fantasme du doigt pour faire surgir ce que la littérature a à dire sur le monde et non sur elle-même, bien que ceci ait aussi son importance. Lionel Ruffel soustrait une belle première brique à cette enceinte de protection.

Volodine post-exotique - Lionel Ruffel
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Vendredi 5 octobre 2007
Attaché à l'idée de révolution, à l'idée qu'il est toujours possible d'agir sur notre monde pour le penser et le changer, je suis attentif, bien que de trop loin (en trop simple curieux), à tout signe qui pourrait me raccorder à des intuitions que je ne suis pas capable encore de mettre en mots.
Quelques bonshommes, découverts dans des marges et jamais ouvertement donnés comme d'une importance capitale dans la soupe grumeleuse d'informations et d'idées dans laquelle je patauge, me semblent avoir ces mots que je cherche. Zizek ou Sloterdijk ont, par exemple, touché quelque chose dans ce rapport au monde que j'expérimente, ici et maintenant. Mais c'est certainement la pensée, les concepts appliqués d'Antonio Negri qui m'ont le plus ému.

Découvert dans un livre d'entretiens lu l'année dernière, Du retour - Abécédaire biopolitque, le révolutionnaire Negri me parle comme ma grand-mère ou mon meilleur ami dans les moments les plus laborieux de l'existence : en trouvant les mots exacts d'une expérience évidente du réel, du monde, d'une société, si complexe que la prise qu'on essaie d'avoir sur elle est constament évitée, détournée. Ce livre fait d'ailleurs passer le Mai 68 français pour quelque chose d'absolument inoffensif à côté de ce qui s'est passé en Italie pendant quinze ans à la même éppoque.
Negri développe aujourd'hui une philosophie politique qui a prise sur le réel et parvient à dire très justement ce qu'est le monde. Il pense aussi vite que le monde va vite, et il est nécessaire d'avoir en proximité des penseurs et acteurs comme lui. Car il n'est pas dans une bulle de cristal sur le point de se briser lorsqu'il est nécessaire de faire preuve d'un peu de réalisme. Il est comme Spinoza, l'épine crevant tout échappatoire transcendant ou transcentantal.

Je n'ai lu - pas encore - ni Empire (que Slavoj Zizek considère comme Le Manifeste du Parti Communiste du XXIème siècle), ni Multitude, les deux pièces maîtresses de sa philosophie politique, écrites avec Michael Hardt, mais les entretiens et articles explorés me rapprochent étroitement de sa pensée.

Le magazine littéraire d'octobre offre un large entretien avec Antonio Negri. On ne peut que s'en réjouir, et on le lira avec attention si l'on ne connaît pas l'"interrogé".

Mais on pleurera de voir que le texte d'introduction de l'entretien tente insidieusement de minimiser l'importance du philosophe, le catégorisant directement inspirateur du mouvement altermondialiste, et use de conditionnels lâches et déchargés de toute responsabilité :

Autant de signes qui dénotent le rôle que la réflexion de Toni Negri pourrait jouer dans l'inévitable réexamen de la pensée politique de la gauche, mais, de façon plus générale aussi, son analyse du phénomène de la mondialisation néolibérale. Car - précisons-le, même si cela va de soi - on peut très bien s'intéresser à l'oeuvre de Toni Negri et aux questions qu'elle pose sans partager ses opinions politiques, anciennes ou présentes, mais en "honnête homme" cherchant à comprendre le monde qui nous environne. C'est ce que nous avons voulu faire en l'interrogeant sur ses grands concepts et sur son attitude face au marxisme et au "réalisme absolu" dont il se revendique.

Sacrée formulation pour dire simplement qu'on a les jetons de quelqu'un capable de penser la révolution* le monde dans lequel on vit, ici et maintenant.

Du retour - Toni Negri

* voir les commentaires.

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Vendredi 5 octobre 2007
Je relaie l'info ici, ça peut intéresser quelques curieux alsaciens venus se perdre sur cette marge dernière...


Le quinze octobre deux mille sept, l'association minuscule fête sa première année d'existence.

A cette occasion, qui se voit aussi être celle de la parution de deux nouvelles miniatures (Vers la grâce par Claro et Mort et vie d'Armendo Lip par Antonio Werli), l'association minuscule propose une présentation et une lecture d'extraits des quatre miniatures parues cette année, en présence de Julien Frantz (Tchelovek ou rien) et Antonio Werli (Mort et vie d'Armendo Lip).

Où ? A la librairie Le Libr'air - 14 rue Dietrich à Obernai.

Quand ? Le lundi 15 octobre à 18h30 (jusqu'à 20h).

Cette rencontre sera aussi l'occasion de conversations intempestives et de tintements de verres pétillants.

Réservation bienvenue à la page contact, ou à la Librairie dont vous trouverez les coordonnées ici.


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Mercredi 3 octobre 2007
L'Ami Butler de Jérôme Lafargue chez Quidam.

Deux Jumeaux. Johan, à la suite d'une lettre envoyée par Timon, part à la rencontre de son frère après un long moment de brouille. Timon est écrivain et a décidé de se retirer dans un étrange bourg, avec sa femme Ilanda qui se trouve être gravement malade, afin de la préserver du bruit de la ville et de se consacrer à son repos. Timon ne peut plus écrire, du moins plus les succès auxquels il était habitué. Ecrire des romans est trop laborieux et demande beaucoup de concentration. Mais c'est malgré tout l'écriture qui lui permet de soulager les moments difficiles qu'il traverse aux côtés d'Ilanda.

Il s'engage alors, dans son "bureau" (espèce d'atelier-bibliothèque dans lequel il passe ses journées, séparé de leur maison), à l'écriture de biographies d'écrivains imaginaires. La rédaction de ces notices biographiques va lui amener quelques suprises qui vont troubler son quotidien de plus en plus pesant, et lui faire frôler la folie.

Lorsque Johan arrive dans le village où sont installés Timon et Ilanda, il découvre qu'ils ont disparu. Un commissaire de police d'abord méfiant, puis compréhensif, va l'aider dans ses recherches. Mais c'est surtout dans le bureau de Timon que Johan va pouvoir retrouver la trace de son frère : il lira principalement les biographies que Timon a inventées et le journal qu'il a tenu. S'ensuit donc une investigation plus littéraire que policière qui se révélera aussi être un jeu prenant entre fiction et réalité.

On supposera très vite qu'il sera question de personnages devenus réels et de passages de la réalité vers la fiction. Jérôme Lafargue écrit un roman assez austerien (enfin, pour le peu que je connaisse de Paul Auster), et réussit à jouer ce jeu avec finesse et invention. Si quelques procédés auraient pu être évités, ils n'alourdissent cependant pas la composition bien rythmée. Les biographies sont reproduites dans le récit principal avec une autre police de caractère (comme le journal, le lecteur les découvre en même temps que Johan les lit) sont vraiment bonnes et très vivantes. Finalement, le méta-récit est celui qui paraît le plus faux (l'histoire de la recherche de Timon par Johan) au contraire du journal et surtout des biographies qui ont vraiment plus de force (les fictions produites par le personnage).

L'Ami Butler est un premier roman, et c'est un bon premier roman, le meilleur que j'ai pu lire ou approcher ces dernières semaines. Si le thème du lien et de l'influence entre réalité et fiction est le moteur du récit (traité par la question de l'écriture), il s'agit aussi d'une belle histoire d'amitié (entre les deux frères), et d'accompagnement dans la maladie (d'Ilanda). Sans oublier une passion sans limite que l'auteur partage généreusement avec son lecteur : la littérature.

Et c'est bien écrit.

Et Lafargue invente dans le roman une revue littéraire dont je trouve le titre merveilleux : Hundépendant ! qui n'est certainement pas sans être un clin d'oeil au Nouvel Attila...

L'Ami Butler - Jérôme Lafargue

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Mardi 2 octobre 2007
Difficile de parler d'un livre qui vous remue sincèrement, pour lequel on aimerait une conversation longue et pesante. Difficile d'ordonner ses idées, de trouver un début, un milieu, une fin, surtout lorsqu'il s'agit de parler de quelque chose qui  les confond à longueur de temps. Difficile de parler à un téléphone qui ne vous répond pas, on se croirait dans la cabine étrange d'Alban Glück à Poulailler 4, ce qui n'aide pas au confort. Difficile de dire en trois minutes, sans trahir ce qu'on pense, ce qu'on croit, ce qu'on a lu.
A la manière des immersions de Khrili Gompo, cet ange mineur qui ne refuse aucune mission, j'ai eu exactement, ou plus ou moins, 279 secondes pour parler de Songes de Mevlido et de Volodine. Et je m'y suis repris à quatre ou cinq fois... Parler, ce n'est pas écrire.

C'est ici : le choix des libraires.

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Lundi 1 octobre 2007

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Disponible le quinze octobre deux mille sept.
Trois euros.
www.associationminuscule.org

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Mardi 25 septembre 2007
Arrêter d'écrire de David Markson m'a rappelé Les unités perdues de Henri Lefebvre paru en 2004 aux Editions Virgile. Il y a deux différences majeures entre ces livres, bien que les deux fonctionnent sur le même principe, chacun déroule une longue liste de faits : l'un est expressément sous-titré roman (je rappelle que le titre anglais est This is not a novel et que Markson tente d'écrire et écrit sans aucun doute un anti-roman), le second est considéré comme une liste pure, "une litanie des manques" ; l'autre différence, significative, vient de la matière de la liste (et dans la présentation aussi).
La liste de Markson présente principalement les causes de décès d'artistes, d'écrivains, d'intellectuels, ou des détails triviaux et très humains de leurs vies. Les éléments de la liste sont séparés par une ligne sautée. Conséquence pour le lecteur, ces figures intellectuels, aussi géniales soient-elles, ne sont pas moins mortelles que lui, et au final, l'avantage qu'il possède sur elles, c'est que lui est toujours présent pour en sourire. C'est un effet humoristique qu'a déclenché chez moi la lecture de Arrêter d'écrire.
La liste de Lefebvre est d'une autre teneur, certainement moins tragique, mais certainement plus sérieuse. C'est une longue liste, serrée (les propositions ne sont séparées que d'un simple point), des oeuvres perdues, manquantes ou projetées mais jamais réalisées par une foule d'artistes, d'écrivains... Au bout de la liste, c'est une nostalgie invraissemblable qui m'a pris.

Il y a une mise en scène minimum dans la liste de Markson qu'on ne retrouve pas vraiment dans celle de Lefebvre (l'intervention de l'anti-personnage Ecrivain, les citations...) bien que cette dernière soit tout de même agencée au minimum : les fait sont donnés dans des phrases produites par l'auteur, et la lecture se fait (logiquement) linéairement, donc dans un certain ordre. Finalement très similaires, les deux livres produisent deux sensations bien différentes.

Je me demande si c'est réellement cette différence de matière qui peut jouer ainsi sur l'émotion que j'ai ressentie. Je me demande, très étrangement et avec les dérives de réflexion que cela peut engendrer, si je ne suis pas plus touché par l'absence, la perte d'une oeuvre, que par celle de son créateur...

Les Unités Perdues - Henri Lefebvre

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Samedi 22 septembre 2007
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Quelques petits opuscules acquis cette semaine :

  • Rue Marsala de Miquel Bauçà, aux éditions La Différence, dans la surprenante petite collection Les Voies du Sud, où était édité Fantomas contre les vampires des multinationales de Cortazar, entre autres choses. D'après la quatrième de couverture, Bauçà est "un homme étrange vivant en marge de la société, dans une roulotte". Ce texte d'une soixantaine de pages semble mener son lecteur par le bout du nez dans une construction étonnante et un style fort, d'après ce qu'on m'a dit.
  • Le dernier homme de Maurice Blanchot. Je n'ai jamais lu Blanchot, ce sera l'occasion.
  • L'oeuvre laissée seule de Cesare Viviani, chez Verdier. Poème, bilingue italien-français. Huit chants touchant à la métaphysique du silence, de l'absence, de la perte. Sur un conseil amical.
  • Leo Schnug ou l'image retrouvée, ouvrage collectif présentant la vie et l'oeuvre d'un peintre alsacien complètement barré qui a peint les fresques du Haut-Koenigsbourg et de la maison Kammertzel à Strasbourg, parmi d'autres travaux, au tournant du XIXème et XXème siècle.
  • Volodine post-exotique de Lionel Ruffel aux éditions Cécile Defaut. Avec le numéro 8 de la revue Ecritures Contemporaines paru en fin 2006 (Antoine Volodine fictions du politique), ce sont les deux uniques ouvrages consacrés à l'oeuvre de Volodine. Plus de 300 pages d'analayse qui s'annoncent fort intéressantes.



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