Dimanche 9 septembre 2007
Polybe est mort d'une chute de cheval.
A quatre-vingt-deux ans.
Anacréon est mort en s'étranglant avec un pépin de raisin.
A quatre-vingt-cinq ans.
Walter Scott boitait suite à une polio contractée pendant l'enfance.
La question apparement insoluble de savoir si c'était le pied gauche de Byron qui était difforme, ou le droit.
Sainte Thérèse d'Avila jouait du tambourin.
Sherwood Anderson est mort d'une péritonite après avoir avalé un cure-dent.
Imaginez cela sur les près de deux-cent pages d'
Arrêter d'écrire de
David Markson. Je les ai littéralement dévorées, contaminé, pris du délire compulsif qui vous
prend en lisant cette ritournelle agencée en liste funèbre et triviale par
Markson, comme une prière à la vanité de l'art et pour conjurer la mort.
Une telle accumulation a un effet éminement salutaire : au bout de deux pages, on ne peut plus se départir d'un rictus au coin des lèvres ; après cinq minutes, il faut s'accrocher à l'accoudoir du
fauteuil dans lequel vous lisez pour ne pas chuter en rires et convulsions nerveuses .
Ensuite, on peut certainement discuter, décortiquer, analyser les procédés qui mènent au rire et les motifs et les thèmes qui abordent et engendrent, par une bifurcation radicale et ironique, la
narration, mais non, je laisse à d'autres, cette fois-ci j'exhorte simplement à la lecture d'un livre très drôle autant qu'un très drôle de livre.

Nota du 12 : Impossible de rédiger quelque chose de conséquent sur ce livre, j'y avais pourtant appliqué une bonne partie de mon dimanche après-midi. J'avais choisi, finalement et bien simplement,
de pointer du doigt l'effet d'une telle lecture : on rit en lisant
Arrêter d'écrire.
Fausto Maijstral publie hier sur son blog une longue et instructive note sur
David Markson (et
Arrêter d'écrire en particulier), il n'y parle pas trop de l'humour décalé,
de l'ironie de l'auteur (je suis bien content d'avoir pris cette direction ici, ce ne sera donc rétroactivement pas redondant à la lecture de son article) mais donne de nombreuses informations,
concernant l'auteur et son parcours, qui éclairent judicieusement ce livre. L'on apprendra que
Markson est un vieux briscard
post-modern (80 ans cette année), qu'il n'en
est pas à son premier livre d'"aphorismes", qu'il a écrit des romans policiers alimentaires, qu'il a cotoyé de grands bonshommes des lettres américaines, qu'
Arrêter d'écrire n'est pas une
bricole de novice, etc.
A lire sur
Tabula Rasa.
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