
Cette année, j'ai vu deux mondes au Salon du Livre. J'ai vu deux mondes parce que pour la première fois j'y étais le jour de la journée professionnelle, le lundi, et aussi le mardi, pour la
nocturne, dans son versant
people donc. Je ne connaissais jusque là que le dimanche exténuant et improductif.
Le monde
people du mardi soir : il y a des essaims de caméras agglutinés aux célébrités en dédicace et aux politiques en promenades. Il y a une atmosphère littéralement étouffante et un
relent d'hypocrisie dans l'air... les conversations sont difficiles, ne durent souvent pas plus de cinq minutes et ne vont pas très loin, tout va trop vite, à l'image des flux métropolitains qui
croisent les souterrains de la capitale. On est perdu tout le temps, et pourtant c'est loin d'être désert. Je laisse la parole à
Thomz qui dans un
fricfrac-reportage de première classe pour le FFC donne merveilleusement
la tonalité. Mais enfin, mardi s'était par dessus tout l'occasion d'aller serrer la pince à
Claro avec mes
compadres Pedro et Thomz, causer Volodine avec
Nicole
Caligaris (dont je conseille vivement le dernier roman
Okosténie, j'en reparlerai),
discuter de bibliothèques perdues avec
Benoît Virot, qui s'occupe de la revue et des éditions
Le Nouvel Attila...
Le monde
pro du lundi : d'une certaine manière, c'est autre chose. De la place dans les allées, des libraires, des bibliothécaires, des auteurs, des éditeurs, quelques journalistes aussi,
mais sans trépieds et machine à capturer votre âme. Pas de caméra, pas de hordes de fans attendant de se faire signer le dernier
Gavalda ou
Pennac ou la dernière
bédé à la mode. Discussions plus amples avec les éditeurs qu'on apprécie. Le lundi est vraiment le moment de montrer sa petite frimousse de libraire de province ou de saluer ceux qu'on a déjà
rencontré. Café/croissant au stand Bourgois, saluts amicaux du côté de chez Liana Levi, Sabine Wespieser, et bien sûr Les Allusifs, dont je n'aurai jamais fini de faire l'éloge de leur nécessaire
catalogue, rencontres très heureuses avec
Le Passage du Nord-Ouest et
Quidam Editeur, dont tout lecteur normalement constituer se doit de suivre et lire les publications. Et plein d'autres choses...
Bien sûr, je n'ai pas résisté à franchir les seuils des librairies parisiennes lors de mes quartiers libres, et j'ai déniché cinq livres, qui sont venus alourdir mon sac à dos déjà pesant :
- Encore un roman monstrueux d'un auteur dont je ne connaissais pas le nom, mais qui semble avoir marqué la littérature espagnole (et pas que) de la seconde moitié du XXème siècle puisque dans
le droit héritage de Rabelais et Cervantes, en particulier avec ce roman (traduit dans les années quatre vingt dix chez Actes Sud) : La saga/fuga de J.B. de Gonzalo Torrente
Ballester, Ediciones Destino.
-
Le Couteau du mendiant / L'Eau tranquille, recueil de nouvelles de Rodrigo Rey Rosa (Antoine Soriano Editeur) dont j'ai déjà parlé à propos de La rive africaine et Le
projet. L'occasion enfin de lire les nouvelles tant vantées par Bolaño, Vila-Matas, et toute une génération d'auteurs hispano-américains.
-
Moriencia, recueil de nouvelles du géant paraguayen Augusto Roa Bastos chez Flammarion.
-
Papiers de Nouveauvenu et continuation du Rien d'un des pères littéraires de Borges, Macedonio Fernandez chez Corti.
- Et pour finir, un essai (que j'imagine introuvable, puisque édité dans les années 70) sur l'oeuvre de José Lezama Lima dont j'ai parlé à propos de Paradiso et dont
nous reparlerons bien tôt ou tard : José Lezama Lima y la critica anagogica de Luis F. Fernandez Sosa, Ediciones Universal.
Courses de littérature de langue espagnole qui ont certainement été influencées par la lecture de
2666 de
Roberto Bolaño que je suis sur le point de finir, un des
plus grands romans que j'ai lu, et qui sera sans aucun doute la source de quelques notes de lectures ces prochaines semaines.