Samedi 15 mars 2008
Mais j'ai réalisé (en même temps je tremblais en les voyant) que leur langage était différent, distinct du mien, distinct de celui des jeunes poètes, ce qu'ils disaient,  pauvres petits oiseaux orphelins [...], personne ne pouvait le comprendre, leurs voix que nous n'entendions pas disaient : [...], nous venons du métro, des souterrains [...], du réseau des égoûts, nous vivons dans ce qu'il y a de plus obscur et de plus sale, là où le plus culotté des jeunes poètes ne saurait rien faire d'autre que vomir.
C'étaient les enfants des égoûts [...].


Roberto Bolaño - Amuleto (Ed. Les Allusifs - 2002)


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Dimanche 24 février 2008
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"La Galaxie Centaurus A fait partie de la catégorie des galaxies à noyau actif. Elle est une source puissante d'ondes radioélectriques. Il est possible que l'on assiste ici à la collision et à la fusion d'une galaxie elliptique et d'une galaxie spirale.
Le noyau de Centaurus A est la plus petite radiosource extragalactique connue (10 jours de lumière). Des images X ou radio montrent qu'il éjecte un jet de particules à haute énergie. Il contient peut-être un trou noir supermassif (cent millions de fois la masse du Soleil)."

Crédit : European Southern Observatory.

*

A quelques caractéristiques et conditionnels près, depuis huit jours (bien que les prémisses furent relevées dans les semaines qui précédèrent), un phénomène similaire, d'une ampleur encore insoupçonnée et dont les effets se mesurent déjà en mégatonnes et hyperkilowatts, a fait son apparition dans les cieux électriques du réseau. Vous feriez mieux de pointer vos appareils vers cette singularité : lunettes, stroboscopes, cadrans lunaires, théodolites, baromètres, micro-balances à quartz. Ce phénomène est autodéterminé et échappe aux classifications en cours. Il a néanmoins un nom, illuminé par les multiples explosions énergétiques qu'il déverse le long des lignes d'horizon :




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Mardi 25 décembre 2007
...durant des centaines d'années, à côté de la littérature officielle, humaniste, autre chose avait existé, avait utilisé des mots, écrit et diffusé des livres, autre chose avait survécu dans les souterrains de la culture. Cet autre chose s'illustrait au fond d'insaisissables réseaux et filières [...] hors du contrôle intellectuel de la société. Et hors de son contrôle moral.

Antoine Volodine - Lisbonne dernière marge (Ed. Minuit - 1990)


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Samedi 16 juin 2007

Il y a cette sensation étrange, quelques fois, d'une nécessité de s'ouvrir la tête, de finement ciseler au scalpel la calotte cranienne pour déballer le jeu de nerfs mentaux qui s'y pelotent. De tout étaler sur la table de la cuisine, parce que c'est l'espace le plus large à disposition - on pourrait le faire sur le parquet à lattes du salon, mais il y a sincèrement trop de poussières, et de trop prévisibles échardes. Et puis, les pas en creux sous sa propre cervelle provoquent, rien qu'à y songer, un mal de crâne insoutenable. La vaste toile, le long réseau de noeuds synaptiques nécéssite l'ampleur d'un plan de travail, d'une table d'architecte, d'une table de dissection. On pense à un planisphère qu'on va dérouler mais dont il va falloir tasser les bords en bourrelets, parce qu'on sait d'avance qu'il y aura trop de matière. Par ailleurs, avant de découvrir la carte des multitudes de points de tension, on se demande par quelle face du volume vaguement sphérique il va falloir attaquer. Un coup à gauche, un coup à droite, pour arranger ce tamis neuronal ; ensuite la minutie d'un horloger pour procéder à l'auscultation puis à la désorganisation de la balle cérébelleuse. L'opération est lente et suppose un travail propre, afin de remonter ensuite le tout dans le bon ordre. Ne pas perdre une miette et dresser la carte d'une carte, tisser le parcours de la bibliothèque cérébrale.

En réalité, c'est mettre à l'air, et peut-être foutre en l'air, ses obsessions et mondes intérieurs, et néanmoins espérer une contamination réciproque avec quelques corps étrangers, dont on est le satellite, sporadiquement.

Enfin, pourquoi cet exercice d'écriture public plutôt qu'un journal intime ? Parce qu'écrire uniquement pour soi se termine toujours par une grosse biffure et un froissement projectile. Et la corbeille est pleine.

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